Nous étions donc partis à six, dans un 4x4 de l'ambassade française (ou de l'armée, je ne sais plus) que conduisait Florian, un jeune homme qui est traducteur pour l'armée française, et qui travaille à l'ambassade. En cours de route, nous nous arrêtons pour demander notre chemin, la voiture dernière nous ne s'arrête pas (la route est complètement verglacée) et nous rentre dedans. Rien de grave mais il faut revenir à Douchanbé (ordre de l'ambassade...). Le plan ski tombe à l'eau.

Ce dimanche, je suis bien décidé à tenter de nouveau d'aller au ski. Mais je n'ai pas de voiture et ne connait personne qui en a et qui y va. Pas grave, je vais prendre une "Marshrutka", des mini bus qui relient les différentes villes (et qui complètent les bus dans la capitale). J'arrive à motiver Angéla pour venir avec moi (ce sont les règles d'Acted : pas le droit d'aller se balader tout seul par sécurité). On se rend dans le "Varzob Bazzar" (un marché) au Nord de la ville, à l'endroit où se réunissent les taxis/marshrutkas. Voici la gare des marshrutkas ci-dessous :

Marshrutka

La marshrutka à gauche se rend à Varzob, la ligne à droite, vide, est pour celles se rendant à Takob. Nous attendons donc. Au bout d'un moment, nous demandons quand la prochaine marshrutka pour Takob arrive. Personne ne sait, et certains nous répondent qu'il n'y en a plus et qu'il faut arriver à 8h30 du matin pour les prendre. Ils avaient tout faux, mais les gens vous diront rarement ici qu'ils ne savent pas, et préfèreront vous raconter n'importe quoi. Difficile donc pour des étrangers comme nous de savoir quoi penser. Nous étions sur le point d'abandonner quand elle arrive finalement. On monte les premiers et on s'installe à l'avant, à côté du chauffeur. La meilleure place car à l'arrière, les gens s'empilent comme des sardines. Pour se rendre à Takob, il faut payer 3 somonis (66 centimes d'euro), une misère comparée aux 200 somonis que nous avait proposé un taxi.

Nous voilà donc partis sur cette route que je commence à connaître. Au bout de cinq minute, un jeune papa me met son bébé dans les bras ! En effet, il n'y a plus de place derrière et tout le monde est écrasé. Je le prends donc, et devrai le garder dans les bras tout le trajet. Par chance, il dort :)

1h30 plus tard, on atteint Takob. Sur place on apprend que la route qui mène à la station est coupée... évidemment... on n'aurait pas pu être prévenu avant. Mais ce n'est pas grave nous dit-on. Il n'y a que 10km à faire à pied. Il est déjà presque 13h. Nous n'irons donc pas skier aujourd'hui non plus... Nous n'avons rien à manger puisque nous pensions aller au restaurant dans la station. Pas de restaurant dans le village. Juste un petit magasin qui vend des biscuits. Et il n'y a plus de marshrutka pour nous ramener à Douchanbé.

C'est dans ces moments là qu'on se dit qu'il vallait mieux rester au lit.

Au milieu du village, une énorme tâche de sang, avec des restes d'un organe que je n'ai pas su identifier. Les villageois nous expliquent que c'est le chien qui s'est fait dévorer par un loup. Le pauvre. On trouve un banc. On s'y installe pour manger nos biscuits qu'on vient d'acheter et réfléchir à ce qu'on va faire. Un villageois nous apporte alors du thé. Sympa :)

Un petit chemin part du village et serpente dans la vallée. Puisqu'on ne peut pas aller skier, allons au moins randonner !

Chemin depuis Takob

En chemin, on croise des maisons et des villages,

village près de Takob

On croise aussi des enfants,

enfant près de Takob

et aussi des ânes,

un âne

et aussi des restes du chien qui a été mangé par le loup

reste d'un chien

Au bout de quinze minutes de marche, un homme que nous croisons nous propose de venir boire le thé chez lui. Nous acceptons, j'aime bien avoir l'occasion de visiter les demeures des habitants des villages. Ce sont des gens assez pauvres, des maisons très sommaires. Souvent une ou deux pièces vides, avec des tapis au sol, un poil pour chauffer, une horloge au mur, et c'est tout. Mais bizarrement, ils ont la télévision et la parabole. Nous sommes accueillis comme des rois, on nous sert le thé, accompagné de pain avec de la confiture de pomme, des bonbons, des amandes, des raisins secs. On mange donc et on boit (du thé), cela tombe bien, on avait le ventre vide. Nous sommes assis par terre, la discussion est très limitée, Angela parle un peu le russe, et moi presque pas. Mais cela ne gène pas nos hôtes : ils nous regardent nous restaurer et semblent contents de nous avoir chez eux. De notre côté, nous n'avons rien à leur proposer, je me sens un peu gêné. Dans la pièce se trouvent l'homme qui nous a invité, un autre homme, et quatre petits garçons qui regardent la télévision. Il y a une petite fille également, mais elle ne regarde pas la télévision. Elle doit aider sa mère à préparer le pain...

On mange, on boit et on se regarde dans le blanc des yeux puisque la communication est difficile. Tout à coup arrive le plov (prononcez "plof"), un plat typique du Tadjikistan que tout le monde raffole ici : il s'agit d'un plat de riz préparé avec des carottes, servi avec de la viande (ici en l'occurrence du poulet). Nous étions seulement venus boire du thé, voilà qu'on nous sert un repas entier ! Après le plov, il faut manger des pommes et des poires... Je n'en peux plus. Voici un aperçu de notre tablée :

plov

Puis ils mettent un dvd dans le lecteur dvd, il s'agit du film "le smoking" avec Jakky Chan. Je suis donc au Tadjikistan, dans un petit village perdu dans les montagnes, à regarder un film en russe avec Jakky Chan :) .

Au bout d'une heure et demi, Angéla et moi prenons congé parce qu'il va faire nuit dans deux heures, et nous ne savons toujours pas comment nous allons rentrer à Douchanbé. Nos hôtes semblent déçus de nous voir partir, ils voudraient que nous restions passer la nuit chez eux. Avant de partir, l'homme qui nous a invité nous offre un pain chaud qui vient d'être fait (bien meilleur que ce qu'on mange en ville), et des pommes. Il nous montre son domaine, nous invite à revenir à chaque fois qu'on le désire et nous dit au revoir.

Je suis vraiment étonné de l'hospitalité des gens et de la facilité à laquelle on s'est fait invité. Nous n'avons eu qu'à dire bonjour en russe, et nous étions invités. De plus, ils n'attendent absolument rien en retour. Leur invitation semble totalement désintéressée. Peut-être est-ce simplement parce que c'est une attraction d'avoir des étrangers chez soi...

Bref, nous revenons à Takob (nous n'avons finalement marché que 30 minutes et mangé du plov, on ne peut pas vraiment dire que l'on se soit dépensé...), et rencontrons par chance un canadien, un français et une tadjik qui viennent également de terminer une randonnée, et qui nous invitent à monter dans leur 4x4, voyant que nous n'avons pas de moyens de locomotion. Tous trois travaillent pour l'ONU, et le canadien, Bill, est apparemment le représentant des Nations Unis au Tadjikistan.

Bref, nous n'avons finalement pas skié, mais la journée a été bonne :)