La frontière entre l' Afghanistan et le Tadjikistan est une rivière d'une centaine de mètres de large, appelée "Amou-Daria" (cette rivière s'est autrefois appelée "Oxus", nom de l'institut de micro-crédit pour lequel je travaille).

Le trajet en voiture depuis Kunduz jusqu'à la frontière est rapide : une heure. Il a ensuite fallu trouver le poste frontière, mais mon chauffeur n'avait pas l'air très au courant de son emplacement. On a bien tourné en rond pendant une demi heure à travers champs ou de petits chemins poussiéreux, s'arrêtant régulièrement pour demander le chemin, avant de tomber sur ce poste : une vielle baraque délabrée, deux gardes et quelques personnes attendant je ne sais quoi. On m'invite à rentrer dans la baraque, m'assoir dans un vieux bureau. En face de moi, un afghan, il ne parle pas très bien anglais. Je ne comprends rien à ce qu'il me raconte, me contente de lui donner mon passeport qu'il examine. Il me regarde alors en rigolant et ce met à me réciter toutes les personnalités françaises qu'il connait : "Zidane, Pierre Richard, ..." avant de tamponner le passeport et de me le rendre. Sympathique cet Afghan.

Je sors du bureau dans le couloir et tombe nez à nez avec l'un des deux gardes qui me barre la route d'un air menaçant en me fixant avec ses yeux très bleus. Il baragouine quelque chose et remue ses doigts : il veut un bakchich. Petit moment de stress, mais j'aperçois son pote derrière qui essaie de se cacher et se marre. Ok, ce sont des rigolos :) . Je le bouscule un peu pour passer et sors de la baraque.

Cette étape franchie, nous nous rendons au bord de la rivière. Je cherche le pont mais ne le vois pas. La traversée se fait en fait sur un radeau tiré par un bateau, ou plutôt un rafiot, tellement vieux et lent qu'il faut 45 min pour traverser le cours d'eau. Il faut lancer ses bagages sur le radeau puis y monter en sautant de la berge ! Evidemment le rafiot tombera en panne. 1h30 d'attente sur cette berge à boire du thé dans la tente ou à griller au Soleil. Les personnes sur place me regardent avec intérêt. Ils ne doivent pas voir souvent d'occidentaux traverser la frontière terrestre entre l' Afghanistan et le Tadjikistan. Ci-dessous, la zone d'attente :)

Afghanistan frontiere

Le fameux bateau qui nous a finalement remorqué. On peut apercevoir sur cette photo des lignes à haute tension (on les voit à peine). C'est par ces lignes que le Tadjikistan vend son électricité à l' Afghanistan, alors qu'il n'y en a pas assez pour éclairer le pays en hiver.

Afghanistan frontiere

De l'autre côté de la berge, nous devons de nouveau attendre 45 min. Un vieux et sale mini-bus vient nous chercher et nous amène 1km plus loin au poste frontière Tadjik. Encore 30min d'attente avant d'être admis à l'intérieur où je dois remplir les éternels formulaires écrits en Russe, répondre à des questions avec mon pauvre vocabulaire composé en tout et pour tout d'une vingtaine de mots, et me voilà enfin libre. Le chauffeur tadjik m'attend, je rentre à la maison.

La traversée de cette rivière aura pris 3h30.

Une fois de l'autre côté, finis les burkas, les champs de mines, les couvre feux, les gardes sur-armés et autres blindés de la force internationale. C'est alors que je me rends compte que pendant tout ce séjour j'étais tout de même sous tension. Cela en valait tout de même la peine, le pays est vraiment magnifique.