Ce tunnel d'une longueur de 5km au coeur de la montagne et d'un coût de 40 millions de dollars a été financé en partie par l'Iran. Il relie le nord et le sud du Tadjikistan. Tant que les cols sont enneigés (c'est à dire presque toute l'année), c'est le seul moyen avec l'avion pour relier Douchanbé à Khujand. Ce tunnel a été inauguré en grande pompe en juillet 2006 en présence du président iranien Ahmadinejad et tadjik Rakhmon. Voilà pour l'arrière plan historique.

Sauf que...

... ce tunnel n'est tout simplement pas terminé. Il serait d'ailleurs plus juste de parler de trou dans la montagne plutôt que de tunnel. Il n'y a de voutes en béton que sur de courts tronçons, partout des infiltrations d'eau, le niveau de celle-ci atteignant parfois 50cm, des câbles électriques pendant dangereusement au dessus de l'eau, un éclairage dérisoire constitué de simples ampoules attachées ça et là tous les 50m, un revêtement inexistant, bien entendu pas de ventilation, régulièrement de gros blocs de pierre issus d'éboulements, ... Parfois, on doit laisser passer un buldozer parce que les travaux continuent même s'il y a de la circulation. Mais le pire est sans conteste la fumée : il n'y a pas d'aération, et partout des camions et les engins de chantier crachent leur gaz d'échappement dans cet environnement confiné. A la sortie du tunnel, nous avions tous les yeux exorbités et crachions noir.

Ci-dessous, l'entrée du tunnel. Rien qu'en voyant cela, on s'est demandé si c'était une bonne idée de passer par là.

Anzab tunnel

Une petite photo et une vidéo pour donner une idée de l'ambiance dans ce tunnel. Sur la photo, nous sommes à l'arrêt depuis une quinzaine de minutes, on n'a jamais su pourquoi.

Anzab tunnel

Comme vous pouvez le voir, on roule très lentement. Le tunnel fait 5km, mais nous y sommes restés 45min à l'aller, comme au retour. A cause du niveau d'eau, il n'est pas possible de voir si il y a des trous ou non dans le sol. Le chauffeur se fiait aux remous de l'eau pour les éviter ! Mais ce qui devait arriver arriva, on s'est planté dans un trou...

Anzab tunnel

La roue arrière gauche ne touchait plus le sol, le chassis lui si... On a du descendre du taxi se dégueulasser en marchant dans cette eau noirâtre pour essayer de pousser en vain le véhicule. On a ensuite essayé de caler de gros caillous sous la roue, là encore sans succès. Derrière nous, une file de voitures et de camions qui se contentaient de klaxonner. Dans ce blog, j'ai souvent souligné la bonté du peuple tadjik, vanté leur hospitalité et leur gentillesse. Mais dans le tunnel, c'était du chacun pour soi. Personne ne souhaite rester bloqué là dedans. Les conducteurs ont alors redoublé d'ingéniosité pour nous doubler (on était coincé au milieu de la chaussée, pour nous dépasser, il fallait rouler sur un talus sur le côté), mais personne n'a levé le petit doigt pour nous aider. Grosse dégringolade dans mon estime pour le coup. Finalement, on a dégoté un câble en acier qui trainait par là, on l'a attaché à un gros camion qui n'avait pas pu nous doubler (donc obligé de nous aider, lui). Le camion nous a tracté hors du trou.

Sur la vidéo ci-dessous, on sort du tunnel, on peut entendre le soulagement :)

Et voilà l'état de la voiture après cette épreuve !

Anzab tunnel

Par la suite, j'ai appris qu'aucune ONG n'autorise son personnel à traverser ce tunnel, à part l'ONG Care. Je comprends pourquoi. Nous avions tous entendu parler de ce tunnel avant de le prendre, mais aucun d'entre nous n'avait imaginé se retrouver dans un tel environnement. Le plus stressant a été le retour, parce que nous savions à quoi nous attendre et parce que la voiture était déjà bien amochée. Nous sommes tombés trois fois en panne lors du retour (satané bagnole) et retenions notre souffle dans la crainte de replonger dans un trou à tout moment. Mais tout s'est bien passé :)